Comprendre les Millenials, ils seront les patients et les aidants de demain en pharmacie.

Les Millenials, âgés de 13 à 34 ans, représentent près d’un tiers de la population de 13 ans et plus. En 2020, ils seront plus nombreux que les baby-boomers – ils le sont déjà aux États-Unis -, et fourniront, selon l’Insee, la moitié des contingents de la population active française.

Cette génération, née en plein essor de l’ère numérique, regroupe en réalité 3 populations bien distinctes : les 13-17 ans, les 18-24 ans et les 25-34 ans au coeur d’étapes cruciales de la vie (études, entrée dans la vie professionnelle, constitution d’un foyer).

Patients et Aidants de demain © pan-xiaozhen

© Pan Xiaozhen

Jamais sans mon mobile, pourrait être la devise des Millenials, le téléphone mobile représentant aujourd’hui plus d’un quart de leurs contacts médias et multimédias quotidiens. Mais Millenials ne rime pas uniquement avec Digital.

Attention aux clichés faciles qui consistent à assimiler les générations nées avec internet à des geeks, sensibles à l’écologie, adepte de l’économie du partage, refusant les règles de la hiérarchie professionnelle… ce portrait robot du Millenial est un peu caricatural.

La conjoncture économique, les réalités du marché du travail, l’élévation du niveau d’éducation et l’appropriation rapide de technologies sont les véritables fondements de leurs modes de vie et de consommation. Leurs attentes restent similaires à celles de leurs aînés, en revanche, la mise en œuvre de la réponse devra tenir compte de leurs usages ultra-connectés.

Quelques chiffres clefs qui indiquent leurs spécificités[1]:

  •       La corrélation entre l’âge et le degré d’importance du device utilisé est très forte. Les internautes entre 16 et 24 ans sont plus de la moitié (54%) a placer le téléphone en 1ère position, ainsi que la moitié des 25-34 ans (49%). Au sein des générations supérieures, les ordinateurs restent les devices les plus importants.
  •       Ce sont les millenials qui utilisent le plus les réseaux sociaux avec 7,7 comptes en moyenne, contre 6,4 pour la Génération X (33-51 ans) et 3,9 pour les Baby-Boomers (52-64 ans)
  •       45% des 25-34 ans utilisent les réseaux sociaux pour chercher des produits (vs 25% de l’ensemble des internautes)
  •       68% téléchargent ou partagent une vidéo chaque mois

[1] Rapport “ the trends to watch in 2017” réalisé par GlobalWebIndex

La santé et les Millenials

Les «Millenials» passent en moyenne plus de deux heures par jour sur un Smartphone, auxquelles il faut ajouter le temps passé devant la télévision (près d’une heure et demie) et les écrans d’ordinateurs[2]. Si ces usages ne créent pas de troubles visuels à proprement parler, ils induisent une fatigue visuelle qui se manifeste par des picotements des yeux, un œil sec ou rouge, une vision trouble, des maux de tête… et une sècheresse oculaire. Les écrans obligent l’œil à accommoder plus fréquemment tandis que la fréquence du clignement des yeux est diminuée. Plusieurs études[3] ont montré que la lumière bleue émise par les LEDs des écrans des terminaux numériques perturbe sensiblement la sécrétion de mélatonine, l’hormone qui aide à réguler le sommeil, avec de nombreuses conséquences néfastes sur la santé (diabète, AVC, risque accru de cancer…).

Par ailleurs, du fait de leurs modes de vie actuels, les jeunes sont de plus en plus exposés au risque de surdité, en raison d’une exposition aux bruits dits de loisirs (par opposition aux bruits liés à l’activité professionnelle), ainsi que lors de la pratique de certains sports. Les habitudes d’écoute dites « à risque» tel qu’écouter de la musique trop forte au casque, en soirée ou en concert ont montré que plus d’un quart des adolescents (28 %) souffrent déjà d’acouphènes persistants, un bruit de bourdonnement ou de sifflement dans l’oreille qui se manifeste habituellement après 50 ans.20 L’auteur de cette étude, le professeur Larry Roberts, prédit suite à ces résultats «un problème en pleine expansion »et qui devrait s’empirer avec le temps.

«  Je pense que nous allons faire face à un important défi de santé publique à l’avenir concernant les troubles de l’audition».[4]

Enfin, les réseaux sociaux auraient une influence négative sur la santé mentale des jeunes car ils exacerbent chez les adolescents et les jeunes adultes, les problèmes d’image corporelle, les troubles du sommeil mais aussi les sentiments d’anxiété, de dépression et de solitude. [5]

« Il est intéressant de noter qu’Instagram et Snapchat se classent parmi les pires réseaux sociaux en termes de santé mentale et de bien-être. Les deux plateformes sont très centrées sur l’image et peuvent susciter un sentiment d’infériorité et d’anxiété chez les plus jeunes », explique Shirley Cramer, directrice générale de la Royal Society for Public Health.

[2] Etude TNS Sofres Connected Life, Aout 2015.

[3] “Evening use of light-emitting eReaders negatively affects sleep, circadian timing and next morning alertness”, paruedans PNAS, Dr Anne-Marie Chang, Nov 2014 ; “Light Level and duration of exposure determine the impact of self-luminous tablets on melatonin suppression” du Rensselear Polyclinic Institut, Juil 2012.

[4] Etude menée par Larry Roberts, université McMaster et São Paulo School of Medicine les troubles précoces de l’audition de 170 jeunes âgés de 11 à 17 ans

[5] Etude la Royal Society for Public Health et du Young Health Movement, conduite sur 1 500 jeunes âgés de 14 à 24 ans, mai 2017

Les attentes en termes de services de santé

Part de patients intéressés par différents services de santé en pharmacie (total répondants et par tranche d’age)[6].

Attentes des Millenials pour services de santé

Attentes des Français en termes de services de santé

Ces résultats montrent une évolution des comportements liés à la santé en fonction de l’âge :

Ceux qui fréquentent le moins les pharmacies (les 18-34 ans représentent 22% des répondants, les plus de 60 ans 37%) sont ceux qui envisagent d’avantage d’usages numériques dans leur relation avec leur pharmacien. Les services de e-réservation de médicaments et de livraison à domicile sont unanimement plébiscités par les moins de 35 ans. Ils sont d’ailleurs les plus enclins a payer ce service de livraison de 5€ que leur aînés (54% des 18-24 ans vs 39% pour les 50-64 ans, 43% pour l’ensemble des répondants).

Autre enseignement de cette enquête en pharmacie, si 80% des répondants déclarent faire tout à fait confiance à leur pharmacien pour les aider à bien prendre leur traitement, ce score tombe à 68% chez les 18-24 ans qui prennent un traitement depuis 3 mois (vs 84% chez les 65 ans et +). Le capital de confiance est donc à renforcer auprès des plus jeunes moins fidèles. Ces derniers se déclarent plus enclins à changer de pharmacie pour une autre plus spécialisée si une maladie grave qui les toucherait (64% ou 65% des 18-24 et 25-34 ans vs 49% et 38% pour les 50-64 ans et 65 ans et +).
Les Millenials ne sont pas les plus gros consommateurs de médicaments, seuls 25% des répondants âgés de 18-34 ans sont sous traitement depuis 3 mois alors que 57% des répondants le sont et 90% des plus de 65ans.
Cependant, l’observance des plus jeunes est significativement moins bonne que l’ensemble des patients : ils ne sont que 18% à être de bons observant alors que 38% des 65 ans suivent parfaitement leur prescription (32% au sein de l’ensemble de la population).

Part de patient mal-observants par motif et par âge

Part de patient mal-observants par motif et par âge

En synthèse :

Les Millenials ne fréquentent que peu les pharmacies et lorsqu’ils sont sous traitement (1 sur 4) leur observance est moins bonne par oubli ou défiance vis-à-vis des médicaments.

De plus, la confiance accordée au pharmacien dans l’accompagnement de leur traitement et leur attachement à une pharmacie présentent les scores les moins bons. De fait ils expriment un intérêt plus marqué pour dématérialiser leurs échanges avec la pharmacie, notamment sur l’aspect logistique des produits.

Ceci témoigne d’une valeur ajoutée perçue, plus faible par cette population. Ils seront les premiers à adopter des usages à distance. Enfin, leurs habitudes et modes de vie hyper connectée auront à termes des conséquences sur leur santé.

[6] Etude réalisée en pharmacie par Satispharma et OpinionWay auprès de 4043 patients âgés de 18 ans et plus en février 2017